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Loin de moi la volonté de parler à tout prix de choses tristes comme le cancer dans ce blog… mais c’est bien le hasard de l’actualité, certes dite “mineure” (l’expression “faits divers” m’est imprononçable dans ce cas), qui me pousse à reprendre la parole aujourd’hui…
La situation est simple.
2009 : un homme, salarié de Badoit (groupe Danone), a un fils de 11 ans, Mathys, qui souffre d’un cancer.
Il prend un a un ses congés payés, jusqu’à épuiser le nombre de jours auquel il a droit. Entre temps, il apprend que son fils ne va pas guérir, qu’il est condamné.
Dès lors, ainsi que le décrit son épouse, “chaque instant, chaque seconde, chaque minute (passé avec Mathys) se décuple et devient un instant magique, un instant qui vaut tout l’or du monde”… et il est alors impensable pour les parents de ne pas accompagner leur enfant jusqu’au bout de sa vie.
Mais l’employeur, lui, s’en tient à la loi : pas de jours de congés de plus, et pas question non plus de congé sans solde.
Alors les collègues d’atelier de cet employé, sur la base du volontariat, et anonymement, s’arrangent pour se priver de quelques-uns de leurs jours de congés et, “la Direction ayant accepté l’idée“, les lui donnent.
Au total, 170 jours qui ont permis à ce père d’être auprès de son fils jusqu’à la fin, en décembre 2009.
“Et s’il avait fallu en donner encore, on en aurait donné, il n’y a pas de souci”, déclare un salarié de cette entreprise de 180 personnes.
Le geste est beau, et le sujet tellement poignant que l’on aurait tendance à se dire : j’aurais fait la même chose.
Hélas, il faut bien affronter la réalité : non, il n’y a pas d’évidence.
Bien d’autres se seraient contentés de quelques phrases de soutien tout en baissant la tête, évitant les regards, enfonçant ses poings dans leurs poches avant de s’éloigner à grands pas coupables mais scandant bien qu’après tout, on ne vit pas dans un conte de fées.
L’un des collègues explique d’ailleurs cette solidarité par le fait que l’entreprise n’est pas très grande, qu’ils se connaissent tous plus ou moins… comme une étrange justification, comme s’il s’agissait de déculpabiliser les personnes qui ne font pas cela… comme pour, à tout prix, ne pas vouloir donner de leçon. Sans aucun doute ne s’agit-il, de sa part, que d’humilité.
Si le fait pour France 2 d’avoir fait un sujet sur cette bien “petite” actualité est louable, dans un JT généralement enclin à gloser sans fin sur tout ce qui ne va pas, ou bien sur des sujets “majeurs” tels que la question absolument essentielle du port ou non de la Burqa en France…
Si ce reportage, que le présentateur qualifie platement de “belle histoire” - une pensée pour le journaliste injustement raillé Roger Gicquel… -, a également pour mérite, à la toute fin, de nous signaler l’engagement des parents de Mathys pour que les entreprises, désormais, prennent mieux en compte la gestion des congés des parents d’enfants gravement malades…
Si ce sujet se révèle une parenthèse touchante dans plus de trente minutes de sujets formatés… Il laisse tout de même un goût pour le moins amer, et ce même si c’est une réalité que l’on sait déjà : l’inhumanité de l’entreprise, sa volontaire abstraction de la vie (tabou aboslu), y est là flagrante, inscrite noir sur blanc.
Certes, la société Badoit a “accepté cette idée” de legs des jours de congés des uns à un autre (pour un peu, le reportage nous laisserait croire qu’il s’agit là, même, d’un tour de force…)
Mais une question me taraude : comment le dirigeant de l’entreprise parvient-il désormais à se regarder dans la glace le matin ?
Pour le coup, si j’étais à sa place, je ne pourrais désormais qu’éviter le regard de ce salarié de retour à son poste, lui marmonner quelques paroles insignifiantes, le moins possible, et tourner les talons en plongeant mes poings bien serrés dans mes poches…
Coupable, impardonnable… de n’avoir pas aidé en premier cet homme touché par un malheur de la vie.


Encore de la photo ! Ben oui.

Ce dimanche, 14 février (Saint Valentin pour ceux qui reviennent de Mars et qui auraient raté les pubs), 


Autant vous dire que pour moi cette photographe marocaine est une réelle découverte.



©Télérama n° 3133
©Maslow



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